Ca n’a rien à voir avec les livres, la librairie, et tout ce pour quoi nous tentons de faire vivre ces carnets. Ca n’a rien à voir, mais comme précédemment, cependant, il y a des choses que je trouve révoltantes et indignes. M’empêcherais-je de les dire au prétexte qu’elles ne correspondent pas à l’objet de ce travail ?
Je ne crois pas : il y a ces temps-ci une navette qui a lieu pour une loi, qui va de chambre en chambre, d’assemblée en sénat, sur laquelle se penchent ceux que nous avons élus (c’est notre droit : voir dans le Monde de ce week end le “Point de vue” de Jean Rouad « La nation a fait son temps »). Ces gens qui discutent de « l’identité nationale » me font de la peine, je préfère regarder les feuilles des arbres tomber,
je préfèrerai n’en avoir cure, j’aimerais être sourd…
Je ne sais pas s’il y a d’autres qualificatif qu’ignoble pour la loi en navette qui veut taxer les indemnités payées par la Sécurité Social aux accidentés du travail. Je ne crois pas. Je ne crois pas non plus qu’un député, un ministre ou quelqu’homme que ce soit puisse se dire démocrate s’il a la veulerie de proposer une telle loi (il s’agit du président du groupe UMP à l’Assemblée Nationale). Ces personnes qu’on veut taxer pour des indemnités dues par ceux qui les emploient, car ils étaient dans l’exercice de leur travail lorsqu’ils ont été tués (plus de six cents par an) ou blessés (plus de quarante mille par an) sortent de l’univers du travail : c’en est terminé pour elles. Ce sont des personnes, des êtres humains dont le travail enrichit « la nation ». Ce travail qui les a tués, blessés et meurtris, qui blesse leur famille, voilà qu’on pense qu’il est nécessaire de le gommer et de taxer les revenus qui n’entrent pour presque rien dans la balance qui vient d’être faussée : belle nation, en effet, et très bel exemple à donner à ces jeunes gens à qui on intime, dès qu’ils sortent des écoles, d’aller pointer au chômage.
Ce n’est pas en agissant ainsi qu’on tisse des liens avec ceux qu’on prétend gouverner, mais c’est ainsi qu’on fomente bien plutôt des haines et des ressentiments qui finiront, un jour prochain –la coupe est pleine- par s’exprimer. En tout cas, c’est ce que j’espère. Rien à voir avec les livres, non, mais beaucoup à voir avec la dignité et la probité, donc avec la littérature.




sophie
14 décembre 2009
“Ces mesures ne sauraient revêtir un caractère parcellaire désavantageant une catégorie de la population.” Ben voyons. Je te passerai “une histoire de la langue de bois” si tu veux. Je trouve qu’au contraire ce qui fait le truc génial de la librairie c’est que la création mais aussi la pensée et la pensée dans la société et dans son éphémère, son sursaut dans l’actualité est notre objet. On peut en partie vendre comme on vote/on s’engage. En douce. Dans les interstices du rapport humain que l’on crée.
PCH
14 décembre 2009
Il y a ce côté résistance, important et secret. Il y a aussi celui qui veut montrer que les choses se passent, et les mettre en lumière (peuyt-être plus militant au grand jour). Complémentaires, associés, également influents, je pense. En tout les cas, on sait qu’il faut rester vigilants. Et unis. Merci de la visite…
PhA
15 décembre 2009
Et cette manière sournoise, ou disons subliminale, de glisser au concerné que cet accident, au fond, c’est peut-être aussi sa faute. (Tout à voir avec la littérature en effet : immédiats échos dans la mémoire du lecteur de CV roman de Thierry Beinstingel, d’Atelier 62 de Martine Sonnet…)
PCH
15 décembre 2009
@PhA: exactement… Subrepticement…
Et d’ailleurs, le mot “probité” vient en droite ligne du billet de Martine Sonnet qui cite Pierre Bergounioux (dont vous n’êtes pas sans savoir qu’elle est une fan absolue…)
PhA
15 décembre 2009
Oui, j’ai lu hier son billet, et les propos de Bergounioux qui donnent à penser (tellement que j’en ai oublié de laisser un commentaire).
Dans le même ordre d’idées, j’ai été témoin de cette forme de culpabilisation par le discours politique chez des gens âgés, presque honteux de leur retraite (alors que vraiment, ils en ont derrière eux…)
C’est efficace : le honteux se tait, s’efface, ce n’est pas lui qui va réclamer ; il ira même parfois jusqu’à voter pour ceux qui lui mettent la tête sous l’eau.