Le commerce de la mémoire #2

Posted on 12 septembre 2009 par

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Sur mélico, la question de la mémoire est posée, à chaque rencontre avec un  ou une libraire ayant cessé son activité. Ou l’ayant exercée suffisamment longtemps pour avoir avoir accumulé  des traces écrites ou graphiques d’un savoir-faire professionnel et d’une vie personnelle dans un lieu singulier appelé commerce ou librairie. Le commerce a ceci de particulier qu’il est souvent, dans l’espace urbain, un lieu professionnel et un lieu de vie, un théâtre professionnel et une scène familiale.  Au contact des gens et de la ville, au delà de la surface vitrée.

Notre désir à chaque fois, lors de ces rencontres, est d’insister sur la nécessité de considérer ces documents comme constitutifs d’une histoire collective et à ce titre, d’encourager les libraires à déposer leurs archives à l’IMEC, afin que des chercheurs puissent les consulter, les exploiter et apporter un autre regard sur ce métier et les relations qu’entretiennent les gens, tous les gens de haut en bas, de gauche à droite, voire même d’une traverse à l’autre.

Ces archives, incarnées, conservent de nombreuses histoires. Certaines sont susurrées discrètement car elles ont encore le pouvoir de gêner. Ce qui nous fait parfois sourire.

Parallèlement, naturellement même, je collecte d’autres archives. Dans la rue. Des archives dites désincarnées – c’est-à-dire ayant rompu à priori tout lien avec l’intime, le vécu puisque jetées, débarassées – simples traces imprimées laissées aux bords des trottoirs voire même des poubelles. J’échange parfois photos ou  lettres avec les chiffonniers des puces, pour sortir ces documents de l’abîme.

Je collecte ces objets car ils sont proprement matériels, quand aujourd’hui notre mémoire, telle qu’elle se constitue (ou non) et dont nous traitons là est immatérielle.

Voici donc sortis des sacs, ces visages de papier , mots d’encre et signes arbitrairement rassemblés en une série que j’intitule provisoirement Le commerce de la mémoire. Cette série me permet de travailler. Non pas en infusant une nostalgie de bazar mais au contraire en me permettant de fouiller, de documenter, de creuser les liens qu’entretiennent le commerce avec la mémoire.

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