Faire parler

Posted on 29 novembre 2009 par

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Il y a aussi d’autres choses. Il y a les gens, il y a le monde, on peut bien les interroger, que nous donneront-ils ? Quelques mots, gentils, compassés, furieux, et puis ils oublieront, nous aussi d’ailleurs, seuls resteront ces mots, qu’on tentera d’analyser, de mettre bout à bout, de combiner.

Il faudra aussi tenter de leur « faire dire » ce qu’on veut qu’ils disent, et c’est certainement pour cela que « faire dire » me déplaît à ce point : l’influence, suivie bientôt de l’injonction, puis de l’ordre et du fascisme sont tellement liés les uns autres que l’engrenage doit bien commencer quelque part, et je crois que c’est dans ce « faire parler ». Mon amie dit « le temps, pas le pouvoir » : oui, je dis la même chose. Attendre. Ecouter. Comprendre. Et on comprend que dans ces conditions, les performances, les évaluations, les obligations de résultats, les objectifs et les contraintes n’ont aucun, mais aucun rapport : il s’agit, au contraire peut-être, d’attente et de patience.

Je ne fais donc pas parler, mais j’interroge ; et très souvent je provoque, je dis ce que je ne pense pas, je vais dans le sens de la bêtise, je fais l’idiot qui ne comprend pas, rien à rien, qui essaye évidemment mais là, il y a quelque chose, qui vraiment… « Vous disiez… » on appelle ça une relance : le texte est si intense, parfois, si près de soi, que oui, il suffit de « relancer » pour que toute l’histoire arrive, et on sait bien, tous, que « parlez moi de moi, y’a que ça qui m’intéresse » n’est pas qu’une chanson stupide…

Alors, ainsi, avec patience, écoute et aussi, pourquoi pas, tendresse, les gens se livrent dans certaines limites évidemment raisonnables (car les gens sont raisonnables : la relation d’enquête ou d’entretien est à ce point contrainte – moi, je domine, j’ai l’ordre et la loi pour moi, je pose les questions… ; celui que j’interroge se sait dans cette posture dominée, subit la loi, l’intériorise et la respecte – qu’elle ne laisse pas de place à l’intimité si on la contrôle, ainsi qu’il le faut). Et disent ce qu’ils pensent, ce jour-là, avec une sorte de sincérité instituée, institutionnalisée, qui donne son vrai poids à une sociologie bien comprise.

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