Matador

Posted on 5 décembre 2009 par

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comme si le monde ne se composait que de mots isolés, comme si même les pires horreurs étaient cantonnées dans des bornes étroites, comme si pour toute chose, il y avait son contraire, le bien pour le mal, un plaisir pour une contrariété, une part de vérité pour compenser chaque mensonge….    vertiges – sebald


Il n’y a pas, chez moi, plusieurs manières d’être au monde. Malheureusement, c’est une affaire de peau.


Enfant, je l’avais diaphane. Tellement fine, qu’à la moindre émotion, je projetais sur les parois de ma chambre, une lueur rouge, incandescente, carbonisant mes joies et mes gestes. Puis les gens.


M’entendre dire, un jour, « tu dois prendre le taureau par les cornes ». Et se rendre compte, une fois engagée sur l’animal, qu’en saisir les cornes, c’est en adopter le mouvement, l’élan.


En aimer la chaleur.


Tous ceux qui ont connu cette thérapie particulière consistant à affronter systématiquement le plus fort que soit – en s’allongeant sur un taureau quand la chaleur vient à manquer – ont la peau dure.

Dure, au point d’en comprimer certains organes essentiels.


M’entendre me dire aujourd’hui «  tu dois prendre le taureau par les cornes ». Et se rendre compte, une fois engagée sur l’animal, que prendre le taureau, c’est l’arrêter, le terrasser.

En refuser la chute.

Il n’y a plus pour moi plusieurs manières d’être au monde. Malheureusement, c’est une affaire de peau.

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