Le femme gelée

Posted on 10 décembre 2009 par

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Entre 18h45 et 18 :55, je lis les premières pages  du roman d’Annie Ernaux – la femme gelée-, lent balayage des yeux, pages, visages, bords de quais, mes pieds… Assise dans le métro, sur le strapontin, « elle – me fixant sans comprendre – qu’est-ce que t’as que tu ne manges pas !». Une situation que je ne me souhaite pas. Je me lève.

Parmi toutes les femmes qui m’ont précédées, connues ou disparues, figurent deux femmes que tout oppose. « Violentes, rouges aux lèvres et aux pommettes, continuellement pressées, il me semble les avoir toujours vues en train de trisser ». Et celle-ci, fatiguée, le front contre la vitre, n’a plus de visage, avalée par le trajet.

La première donc, « toujours malheureuse » en somme, avait un visage flamand lumineux, sombre au fond – terre des Monts. La seconde,  – « à vivre auprès d’elle, comment ne serais-je pas persuadé qu’il est glorieux d’être une femme ». Son histoire – tardivement dévoilée me fera dire plus tard à Barbara, « mais tu n’es pas ma cousine alors ? ». Le train s’arrête à la station République.

Debout. Il joue d’un vieil accordéon Weltmeister, elle me regarde en souriant, force le passage et gagne.


Déplacement. Plus loin, dans le couloir, elle nettoie son pipeau, prépare son chapeau et attend.

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